L’EMDR
Deux choses se sont passées pour moi lorsque j’ai découvert l’EMDR.
La première a été une forme de résistance. Venant du monde de la Gestalt-thérapie, il m’était difficile d’imaginer travailler à partir d’une méthode aussi structurée. J’avais peur de perdre quelque chose de la spontanéité et de la rencontre qui me sont chères.
La seconde a été la découverte de son efficacité remarquable dans le traitement des traumatismes.
Quand j’ai été formée à l’EMDR, j’ai été frappée par quelque chose de très simple.
Certaines personnes comprenaient parfaitement ce qui leur était arrivé. Elles avaient réfléchi à leur parcours pendant des années et pouvaient en parler avec beaucoup de lucidité.
Et pourtant, quelque chose continuait à réagir en elles.
Une odeur, un regard ou une situation particulière suffisaient parfois à déclencher une peur intense, une tristesse envahissante ou un profond sentiment d’insécurité.
Comme si une partie d’elles savait que l’événement appartenait au passé, tandis qu’une autre continuait à le vivre comme s’il était encore présent.
C’est cette réalité que l’EMDR vient transformer.
Lorsqu’un événement est particulièrement difficile, notre cerveau peut se retrouver dépassé. Le souvenir ne s’intègre pas comme les autres et reste associé aux émotions, sensations corporelles et croyances présentes au moment du choc.
Cela peut concerner des traumatismes majeurs, tels qu’un accident, une agression, une catastrophe ou un deuil, mais aussi des vécus plus discrets : séparations, humiliations répétées, pertes ou blessures de l’enfance.
Ces situations peuvent se manifester sous différentes formes : anxiété, difficultés relationnelles, manque de confiance en soi, réactions émotionnelles disproportionnées, phobies, attaques de panique, troubles du sommeil ou somatisations.
L’EMDR, développée à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro, s’appuie sur les capacités naturelles du cerveau à traiter les expériences vécues.
Au cours de l’accompagnement, nous identifions ensemble les événements qui continuent à exercer une influence dans la vie actuelle. Une phase de préparation permet d’installer un cadre sécurisant et les ressources nécessaires à cette démarche.
Lors des séances, la personne se reconnecte progressivement à certains éléments du souvenir. Nous explorons notamment les images ou moments les plus marquants de l’événement, les émotions qui y sont associées, les sensations corporelles qui apparaissent lorsqu’il est évoqué, ainsi que les croyances négatives qui ont parfois émergé à cette occasion, comme « je ne suis pas en sécurité », « je suis impuissant » ou « je ne vaux rien ».
Le thérapeute utilise alors des stimulations bilatérales alternées, le plus souvent par les mouvements oculaires, mais parfois aussi par des stimulations tactiles ou auditives. Au fil du retraitement, le souvenir conserve son existence dans l’histoire de la personne, mais il perd progressivement sa charge émotionnelle. Les sensations corporelles s’apaisent, de nouvelles perspectives apparaissent et certaines conclusions douloureuses tirées de l’événement laissent peu à peu place à une compréhension plus juste et plus apaisée de soi-même, des autres et du monde.
Ce chemin n’est pas toujours facile. Certaines émotions se réveillent et demandent à être accueillies. Mais la personne n’est jamais poussée au-delà de ce qu’elle se sent capable de traverser. Elle reste libre de ralentir, de s’arrêter ou de reprendre plus tard. Le travail se construit dans le respect de son rythme et de ses ressources.
Au fil de ma pratique, j’ai souvent été touchée de voir à quel point certaines personnes retrouvaient davantage de liberté grâce à cette approche. Non parce que le passé avait disparu, mais parce qu’il n’avait plus le même pouvoir sur leur existence.
L’EMDR aide à retraiter les expériences douloureuses du passé afin qu’elles puissent enfin prendre leur juste place dans l’histoire de la personne et ne plus déterminer son présent.
